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Marion LEFLOUR : Photographe, un point c’est tout

J’ai rencontré Marion sur les bancs de l’IFM il y a 10 ans. Depuis, nous nous croisons régulièrement autour de projets ou simplement pour refaire le monde. Marion Leflour est photographe. Ingénieur Telecom durant la première partie de sa carrière, cette (très) bonne élève a su totalement réinventer sa vie. Pas du jour au lendemain mais étape par étape, en écoutant sa voix intérieure, en saisissant les opportunités, en se rapprochant pas à pas de ce qu’elle est vraiment. C’est de cela dont Marion me parle aujourd’hui : de pugnacité, d’énergie et de confiance.

Quel âge as-tu ?

J’ai 44 ans.

Quel est ton métier ?

Je suis photographe de mode.

Où as-tu grandi et quels souvenirs gardes-tu de cette période ?

J’ai grandi au Chesnay, en banlieue parisienne. J’adorais ! Papa était journaliste horticole, maman ne travaillait pas. Notre appartement était situé dans une résidence dans laquelle il y avait une piscine. On s’y retrouvait avec mes copines. C’était mon monde, j’aurais tout donné plutôt que de le quitter !

Professionnellement, rien ne me destinait à mon métier actuel. Dans ma famille, on est plus ingénieur que photographe ou styliste!

Raconte-nous tes études.

J’ai toujours été très bonne élève. J’ai passé un bac C et j’ai enchaîné sur une Maîtrise de Physique, puis un DESS de téléphonie mobile. Je suis rentrée directement chez Orange à la fin de mes études. Je faisais de l’ingénierie réseau et manageais des équipes d’ingénieurs et de techniciens, essentiellement des hommes.

Rien ne te prédestinait à ton métier actuel ?

Oui et non. Professionnellement, j’étais ailleurs c’est certain. Dans ma famille, on est plus ingénieur que photographe ou styliste ! Mais en même temps, mes parents étaient manuels, tout le monde dessine dans la famille. J’étais bricoleuse, je retapais des meubles, je cousais, je n’ai jamais bridé ma petite voix créative intérieure.


Dirais-tu que ton parcours est un parcours contrarié ?

C’est vrai que chez moi, ce sont les mauvais élèves qui font de la mode ! Mes parents, tout en étant assez ouverts, nous ont toujours incité à devenir autonomes ma sœur et moi. A aller « où il y a du travail ». Ma sœur qui voulait être architecte travaille dans l’industrie pharmaceutique et moi, j’ai renoncé à ma passion du design pour une voie plus balisée.

Quel a été le déclic ?

Le déclic a été en partie conjoncturel. Mon entité chez Orange a fermé et ma hiérarchie m’a alors fait une proposition : me laisser partir (avec pas mal d’avantages) ou me garder dans le groupe en me basculant chez France Telecom.

Tu as choisi de partir ?

Et bien non ! J’ai choisi le transfert. Je n’étais absolument pas prête. A cette époque, je n’avais pas du tout de projet, et aucune idée précise de ce que j’aurais pu faire d’autre. Ma fille avait 2 ans, je l’élevais seule, je me séparais. J’ai donc opté pour une intégration dans le groupe. Je me suis dit que ça me permettrait de réfléchir. J’y suis restée 4 ans.

C’est long quatre ans !

C’était juste indispensable et je ne regrette pas du tout ce choix. Certes, j’étais surdimensionnée pour mon nouveau poste, je travaillais peu et m’ennuyais beaucoup. Mais le déclic avait eu lieu et désormais je savais que je ferai autre chose une fois grande… Et voilà, je suis devenue grande à 30 ans passés !

© 2017 marion leflour

Durant ces années, tu as préparé ta reconversion ?

Je lisais beaucoup de magazines, je me cultivais, je dévorais les médias sur internet. J’habitais seule avec ma fille et ne pouvais en aucun cas envisager une formation qui me prendrait tout mon temps. J’avais besoin de remplir le frigo ! Et puis un jour, un pop-up s’est ouvert sur mon ordinateur et j’y ai lu une annonce faite pour moi. C’était une pub de l’IFM *. Des amies avaient fait cette école de mode mais là, c’était le cursus MBA qui était mis en avant. « Vous avez 10 ans d’expérience professionnelle et souhaitez faire un virage à 180° ? » Bref, le truc était pour moi, j’ai foncé !

Comment as-tu géré la situation avec ton entreprise ?

Je suis allée les voir. Je leur ai dit ce que je souhaitais faire, on a parlé, ils m’ont d’abord mis au 3/5ème. Quelques mois plus tard, je partais avec un an de salaire. Cela m’a permis de payer ma formation.

Cette formation complètement nouvelle, dans un secteur que tu ne connaissais pas, a-t-elle tenu toutes ses promesses ?

Mieux que ça : j’ai tout pris, une vraie boulimique ! J’ai appris, écouté, constitué un réseau. J’ai rencontré des gens géniaux, des créateurs, des professeurs exceptionnels. Le niveau d’exigence était fort, il fallait aller vite. J’avais déjà 35 ans. Moi qui avais un profil technique, j’ai commencé à m’intéresser au digital, aux blogs de mode qui émergeaient tout juste à l’époque (nous sommes en 2006) et j’ai créé le mien dans la foulée. C’était nouveau, c’était frais, ça a suscité de la curiosité. J’ai pu rencontrer et interviewer plein de gens connus (ou moins) qui depuis, sont devenus des amis. Mon réseau s’est étendu. Durant cette période, je suivais ma formation MBA, j’animais mon blog et je continuais à travailler chez France Telecom quelques heures par ci par là. C’était dense !

© 2017 marion leflour

Comment s’est passée la fin des études ?

A la sortie de l’école, j’ai vécu 6 mois de doutes. Et puis, j’ai été mise en relation avec la direction de Puretrend, un e-magazine de mode du groupe Webedia. J’ai obtenu le poste de Rédactrice en Chef du site. Le premier CDI de ma reconversion ! Mais j’ai vite compris que la démarche commerciale du groupe n’était pas faite pour moi. L’expérience a été belle et j’ai beaucoup appris, mais mon appétit de création était plus fort que tout. J’ai alors intégré Walter Film, une société de production qui travaillait principalement pour Chanel et réalisait la plupart des films de la marque. Avec son fondateur, l’idée était de mettre à disposition mon réseau, de réfléchir à de nouveaux projets mode, à approcher de nouvelles marques. La mode, l’image, les choses se précisaient. Là encore, la fonction commerciale me minait au quotidien. En revanche, j’étais dingue de production, de montage, de stylisme. Petit à petit, je me rapprochais de la photo.

Comment es-tu arrivée à la photo précisément, à ce choix aussi radical qu’exigeant ?

Durant mes années chez Walter Films, je faisais de plus en plus de photos pour mon blog. Et puis, autour de moi, des copains créaient leurs marques de mode. Je les aidais. Dries Van Noten est le premier à m’avoir demandé de couvrir ses défilés, puis vint Vanessa Bruno. Mon boss a été formidable : il m’a dit « Vas-y, fonce! ». Un vrai déclic. Depuis 2013, je ne fais plus que ça. J’ai mis deux ans à parvenir à dire que j’étais photographe.

Quel est ton statut aujourd’hui ?

Je suis artiste photographe, affiliée à l’Agessa. Je suis chargée à environ 50% de ce que je gagne. J’ai une base de clients réguliers, qui me donnent du travail justement parce que je ne suis pas que photographe. Toutes ces expériences m’ont appris à comprendre une marque, son projet, sa vision. Mon regard de photographe est global et les créateurs aiment ça.

© 2017 marion leflour

Es-tu fière de ton parcours ?

Ce dont je suis la plus fière c’est de cette sensation de liberté à laquelle je peine à croire chaque jour : je fais ce que j’aime, je gagne ma vie, je suis la star de la journée sur un shooting ! Je m’habille comme je veux, j’organise mon temps, c’est merveilleux. En fait, je n’ai jamais été inquiète. J’ai fait les choses comme et quand j’ai pu les faire. Par exemple, j’ai acheté mon appartement durant mes années France Télécom. Ce n’est pas mon statut d’aujourd’hui qui rassurerait une banque ! Mon homme, mes parents étaient parfois paniqués, se demandant pourquoi je lâchais cette carrière d’ingénieur. La vérité est que j’ai passé des années à me dire que j’y arriverais, que je parviendrais toujours à me débrouiller. Cela correspond à ma nature optimiste : je suis quelqu’un qui dort plutôt bien !

Dans la vie, on se retrouve devant des murs, alors il faut avoir confiance. Demander, oser, y aller. Et avec parfois juste un sourire, les portes s’ouvrent !

Tu transmets cette attitude positive à ta fille ?

Oui. Zoé a 15 ans et je lui dis qu’il faut avoir de l’énergie et surtout être toujours souriant. Dans la vie, on se retrouve devant des murs, alors il faut avoir confiance. Demander, oser, y aller. Et avec parfois juste un sourire, les portes s’ouvrent ! J’avais tellement besoin de ce changement de vie que j’ai pris tout ce qui se présentait. Un job en appelle un autre, une rencontre une autre. J’ai souvent travaillé gratuitement et m’en suis tellement félicitée par la suite. Le contact, le réseau, discuter, échanger, questionner ses envies, ses aspirations. Toujours et sans relâche.

Justement, quelles sont-elles pour demain, tes aspirations ?

Ca prend forme, doucement, comme toujours. J’ai un réseau formidable, une capacité forte à entraîner. Je réfléchis à prendre plus de responsabilités, à accompagner des talents, des graphistes, des photographes, à un projet d’agence. Je m’interroge sur mon envie de diriger, à ce que ça veut dire que de devenir « boss ». Je prends mon temps, le moment viendra, je ne suis pas inquiète. Et une fois de plus, ce sera une histoire de rencontre.

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Portfolio : marionleflour.com

 

*L’Institut Français de la Mode est la première école de mode française et a été classé 3ème meilleure école mondiale de mode par le Fashion Post fin 2016.

 

Interview réalisée par Marianne Ripp
Photographies de Marion Leflour

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1 Commentaire

  1. Small Talks : Marion Leflour | all about women
    2 années ago

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