Dans Conversations

Morgane L’Hostis : Beauté oblige

Les voyages de plusieurs semaines à bord du bateau familial ont donné à Morgane L’Hostis le gout de l’aventure. Et de fait, celui d’entreprendre. Pour inspirer et éclairer toutes celles qui souhaiteraient se lancer, je rencontre Morgane dans les locaux de Popmyday, la start-up parisienne dédiée à la beauté à domicile, qu’elle a fondé il y a deux ans avec son associé Charles Beranguer. Morgane me raconte sans détour la genèse de son projet, de la naissance de l’idée à l’apprentissage du management, en passant par les levées de fonds et l’obligation de réussite. Un caractère bien trempé qui tangue délicatement entre modestie non feinte et ambition assumée.

Bonjour Morgane L’hostis. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai 26 ans et suis la co-fondatrice de Popmyday, une application beauté qui permet de réserver des services beauté à domicile. Popmyday est née il y a 3 ans. C’est une entreprise que j’ai montée alors que j’étais encore étudiante à HEC. Et qui a pas mal changé de forme depuis sa création initiale !

Créer votre entreprise, c’était une évidence ?

Pas du tout ! J’aimais l’idée de l’entreprise mais je n’avais pas de passion assez forte pour me lancer. En intégrant HEC, je ne pensais pas du tout créer ma boite. Et puis, l’engouement pour les start-up et l’entrepreneuriat est une chose assez récente dans les écoles de commerce. J’ai fait des stages à San Francisco chez Airbnb et chez BNP Paribas. Les ambiances de travail m’ont plu. Je suis rentrée à Paris et j’ai démarré un Master entrepreneuriat.

Comment est née Popmyday ?

Lors de ma dernière année de cours, j’ai rencontré Charles, mon associé, et quelques semaines plus tard Popmyday est née. Tout a été très rapide. Je n’ai pas connu la longue période de gestation dont on parle souvent. En revanche, la forme actuelle de l’entreprise a mis du temps à se décanter, elle n’est pas venue en une nuit. On a commencé par une école de beauté en ligne mais très vite, on s’est aperçu que la concurrence avec les blogueurs et leurs tutos beauté était trop forte. Il n’y avait pas de valeur ajoutée. Nos testeurs nous ont encouragé à aller vers des tutos à domicile qui se sont ensuite transformés en service de beauté à domicile. Quand j’étais en stage aux Etats-Unis, les services à domicile explosaient. Je ne comprenais pas pourquoi il était impossible de réserver de la beauté en ligne. Sur le marché, il n’y avait que des centrales d’achat qui se battaient sur les prix, pas du tout sur l’offre et la qualité de service. On s’est dit qu’il y avait une place à prendre. Popmyday est née de tout ça.

 

C’est une erreur de rester à attendre d’avoir une idée de génie. On perd son temps. En analysant les retours et en modifiant quelques paramètres, une mauvaise idée peut devenir bonne.

 

Contrairement à de nombreux patrons de start-up, vous ne dites pas « On a eu LA bonne idée ».

Pas du tout ! Je pense qu’il ne faut pas attendre l’idée du siècle. On perd du temps. Les gens racontent rarement les errements, les tests, les changements de caps. Moi, je les revendique. Si on est attentifs aux retours que l’on peut avoir, toute mauvaise idée peut devenir bonne. Il faut savoir modifier les paramètres.

Quelle est votre cible ?

Notre cible aujourd’hui, c’est la femme active, urbaine, de 30 et 45 ans, soucieuse de son apparence et qui n’a pas le temps de coordonner son agenda avec des soins en instituts. Quand on sort à 20h du travail, ils sont fermés.

Vous parliez de souplesse et de réactivité, cette cible est-elle justement celle que vous aviez imaginé au départ ?

Là encore, non ! Bêtement, on attendait une cliente qui nous ressemble: jeune, un peu geekette, un peu beautista. Le branding du site est d’ailleurs assez « jeune ». On a vite compris que cette cliente cherchait du prix et qu’on ne se battrait pas sur ce terrain là. On a donc premiumisé le concept pour toucher une clientèle plus mature, mais aussi plus exigeante. Aujourd’hui, les pop-artists qui se déplacent chez elle (coiffeurs, maquilleurs, masseurs etc.) sont triés sur le volet via un process ultra rigoureux. Nos prix sont ceux des instituts classiques, pour un service infiniment plus haut de gamme et qui correspond au rythme de l’époque. Notre mot d’ordre c’est la qualité avant tout !

On bosse chaque jour avec beaucoup d’humilité, dans l’idée que les clients vont faire bouger le modèle et que c’est eux qui induiront les développements à venir.

Vous faites l’éloge de l’observation et de l’agilité, des qualités requises pour monter sa start-up ?

Dans le lancement de son entreprise, il me semble qu’il y a deux points de vue et façons de faire qui s’opposent. Ceux du modèle Apple, « Je dis au client ce qu’il lui faut », et ceux qui s’adaptent à la demande, réactive et à l’écoute. Nous sommes très là-dedans : on bosse chaque jour avec beaucoup d’humilité, dans l’idée que les clients vont faire bouger le modèle et que leurs comportements induiront les développements à venir.

Vous vous êtes donc lancés seuls au départ, avec une idée et des envies. Vous aviez un business plan ?

On a créé notre première version de l’application en une journée lors d’un Hackathon organisé par L’Oréal ! On a présenté le projet devant 300 personnes et nous avons obtenu le 1er prix. Nous avons senti un réel engouement. On avait des indicateurs positifs quant au potentiel de Popmyday avec des services similaires qui se lançaient à l’étranger. On est rapidement rentrés dans une période de tests où l’on intégrait et l’on sortait des services, pour voir ce qui fonctionnait. Nous ne sommes pas encore sortis de cette phase. On cherche, on essaie. Nous n’avions fait ni business plan ni étude de marché jusqu’à la levée de fonds.

 Il n’y a pas de règles pour choisir l’associé idéal. Ce qui est important c’est d’avoir déjà testé au moins une collaboration ensemble. Et d’être complémentaires.

Lorsque vous dites « nous », vous parlez de vous et de votre associé Charles Beranguer rencontré à HEC. Popmyday était au démarrage un projet étudiant que vous avez développé ensemble. On m’interroge souvent sur la question de l’association qui peut effrayer. Avez-vous des conseils à donner ?

 Il n’y a pas de règles précises pour s’associer. Je suis proche de beaucoup d’entrepreneurs et très sincèrement, je vois de tout ! Des amis, des couples, des équipes mixtes, des duos, des trios, des quatuors… Toutes les configurations sont susceptibles de marcher. Avec Charles, il y a eu une bonne entente dès le départ, pendant nos études, lorsque nous développions nos projets. Ce qui est important c’est d’avoir déjà testé au moins une collaboration avec la personne avec laquelle vous vous embarquez. Charles et moi avons des expertises très complémentaires. Je savais aussi que de son côté, il y avait du répondant, qu’il ne pensait pas tout comme moi, et c’est ce que je recherchais. Cela permet de se challenger. Aujourd’hui Charles s’occupe de tous les aspects digitaux et créatifs, je gère le reste et en particulier notre réseau de partenaires pop-artists.

Avec quels fonds avez-vous démarré ?

Mon associé et moi avons investi 10 000 € chacun à la création de Popmyday. Nous avons puisé dans nos prêts étudiants respectifs. A la sortie d’HEC on a gagné 20 000 euros lors d’un concours pour start-up. On était trop contents, on doublait notre capital!

 Notre idée plaisait, les gens se disaient « Aidons-les, la salle de bain attendra!». A l’arrivée, ils ne regrettent pas. Popmyday, c’est mieux que le livret A.

Aviez-vous des objectifs de levée de fond dès le démarrage ?

Popmyday n’ayant pas d’actifs, il est impossible de passer par une banque classique. C’est sûr que si nous avions eu un bail de restaurant !… Nous avons donc fait appel au capital risque et réalisé deux levées de fond successives.

Y étiez-vous bien préparés ?

Les deux levées de fonds ont été très différentes. La première a été réalisée auprès de proches, sur de petits montants. C’est le fameux Friends and Family ! Notre idée plaisait, les gens se disaient « Aidons-les, la salle de bain attendra !». A l’arrivée, Popmyday, c’est mieux que le livret A. Pour cette première levée qui sert à poser les bases du business, il est important d’établir un calendrier et de s’y tenir : lettres d’intention, lettres d’engagement, dates de versement. C’est impératif car les gens vous disent qu’ils investiront, et passent vite à autre chose, ce qui est normal ! Mon conseil: border les dates et faire valoir les avantages fiscaux auprès des proches.

 

Comment s’est déroulée la seconde levée ?

Nous recherchions 1 million d’euros et l’avons trouvé auprès d’un investisseur français et de sa holding qui investit dans les start-up. Bien sûr pour cette levée, un vrai travail s’impose : deck summary, modélisation financière de l’entreprise. Une présentation d’une vingtaine de slides, qui doit rester synthétique pour ne pas diluer l’attention. Il faut aussi s’entraîner à répondre à tout type d’objections, car croyez-moi, elles sont nombreuses !

 

Nous avons vu une trentaine d’investisseurs en tout. Il y a les frileux, les gourmands. Le plus dur est de trouver le premier.

 

Avez-vous rencontré des difficultés ?

Nous avons vu une trentaine d’investisseurs. Il y a les frileux (on sortait de la faillite de TakeEatEasy), les gourmands qui nous proposaient des conditions qui ne nous convenaient pas. Le plus dur est de trouver le premier. Lever des fonds prend beaucoup de temps et durant ces moments-là, on s’éloigne du business, ce qui n’est pas bon.

 

Diriez-vous que la gouvernance de l’entreprise a changé ?

Pas vraiment. Les intérêts avec les investisseurs ne sont pas toujours les mêmes, mais les choses se passent très bien de notre côté. On fait un board chaque trimestre, ce qui me semble être la moindre des choses. On a de la pression bien sûr mais ce n’est pas trop intrusif. Et puis nous faisons une croissance de +30% chaque mois, ce qui aide bien sûr.

 

Combien de salariés aujourd’hui chez Popmyday ?

Une douzaine.Comment définiriez-vous votre type de management ?

Notre management est très débutant. C’est notre première expérience, on travaille à l’instinct. On est très proches de nos équipes. Certains sont là depuis le tout début ! On essaie d’être ultra transparents avec tout le monde. Mais on a encore beaucoup de progrès à faire ! Communiquer à chacun notre vision, notre besoin d’une implication constante, c’est sans doute ce qui est le plus compliqué.

 

A quoi ressemblera Popmyday dans 3 ans ?

On veut devenir LA référence en termes de service beauté de qualité et surtout, que ce soit crédible. Qu’on parle de nous comme d’un institut de beauté mobile et connecté. Je veux bien sur atteindre la rentabilité au plus vite en développant le BtoB, le e-commerce et une école de formation pour nos pop-artists.

 

Est-ce qu’il vous arrive de déconnecter ?

Jamais ! (rires). Enfin si, quand je dors ! J’ai l’impression de tenir quelque chose, donc je ne lâche rien.

 

Interview réalisée par Marianne Ripp

Share Tweet Pin It +1
Post précédentPopmyday, la beauté pop
Post suivantLeçon #1: La positive attitude, ça se travaille !

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Les articles récents

Contact

Besoin d’information ou juste envie d’échanger sur All About Women?
Ecrivez nous ici.